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Section de l'Orne

VILLEDIEU LES POÊLES L'AMONM61 et la SMLH61


Le 14 juin un groupe commun de Légionnaires, de membres de l'ONM et de l'AMOPA de l'Orne a visité l'entreprise de fonderie de cloches Cornille-Havard (50 000 visiteurs par an) de Villedieu les Poêles * dans la Manche. L'organisation relève de l'ONM (avec M. Léon Guerrini, trésorier). Cette initiative de l'ONM (Président Mostefa Maachi) a permis de mettre en lumière la reprise par Luigi et Françoise Bergamo en 1981 d'une fonderie de cloches vieille de 150 ans (1865), fondée par un Polytechnicien M. Adolphe Havard, la fonderie sera reprise par son gendre M. Léon Cornille et enfin par sa petite fille Marguerite Cornille-Havard. Une guide compétente nous a permis de suivre les étapes de fabrication. L'airain (78%de cuivre, 22% d'étain) constitue le métal de la cloche.


L'airain ce nom qui a trouvé une force dans l'antiquité qui demeure présente encore (les sabots d'airain) mais surtout dans le qualificatif des Lois d'airain sur les salaires (de Ferdinand Lassalle) et la Loi d'airain sur « l' oligarchie » de Roberto Michels (1876 – 1936) Italien d'origine allemande qui écrit la : « Loi sur les Partis Politiques » (1914) : toute société sécrète son oligarchie (les « premiers de cordée » ), ce qui rejoint « les Héritiers » de Pierre Bourdieu.


Le Bourdon en France de 3 tonnes (6T maximum pour la Fonderie de Villedieu) à 18 tonnes : « La Savoyarde » du Sacré-Coeur de Paris fondue en 1891 par Paccard. Cette fonderie familiale (7èmle génération) dont le début remonte à 1796, installée près d'Annecy en Savoie, a fondu les plus gros Bourdons de France et les Liberty Bells pour les États-Unis dans les années 1950. « Emmanuel » de 13 T à Notre Dame a été fondue en 1685 par Florentin Le Guay, Gillot, Moreau. Le Bourdon est la cloche grave qui bat notamment le glas par son marteau (le bourdon bat aussi à la volée), le carillon (4 cloches) sonne à la volée par son battant (il peut aussi battre avec un marteau).


Les participants de cette visite ont suivi les étapes de fabrication extrêmement sophistiquées et ont enrichi leur vocabulaire. Un artiste à Villedieu, Marc-Antoine ORANELLA a pour tâche de marquer les cloches d'une symbolique (gravures ou inscriptions). La fonderie a équipé Notre Dame en 2013 de ses 8 nouvelles cloches. Un bourdon (venu des Pays Bas) a remplacé « Marie » (détruit lors de la révolution) alors qu'« Emmanuel » conservait sa place et sa somptueuse sonorité en Fa dièse. Les clients de la fonderie sont internationaux (Russie, Etats Unis, Japon...). La « Cloche de la Liberté » à Bayeux (1,15T) a été parrainée par la Reine d'Angleterre en 2015 (70ème anniversaire du débarquement). Cette fonderie Cornille-Havard a repris le flambeau d'une invention asiatique du IIIème siècle avant J.C !!! Les Bourdons réputés les plus harmonieux sont allemands.


La Cloche elle-même est composée de plusieurs parties. Elle sera fixée à son point d'ancrage par une anse maîtresse, elle-même partie de la "couronne" indissociable, dès la fabrication de la cloche, du "cerveau" (partie haute de la cloche). Cette cloche est reliée au « mouton » (charpente en chêne solidaire du clocher). Ce "mouton" (ou « joug » lorsqu'il est plus particulièrement en forme de U inversé) aura une complexité et une structure en liaison avec le poids du carillon (plusieurs centaines de kilos) ou du bourdon (de plusieurs tonnes). La cloche sonne sous les coups du "battant", suspendu à une "bélière" (l'anneau centré qui supporte ce battant dans la portion haute intérieure du cerveau). Ce battant dont la boule frappe la "pince (partie évasée inférieure) de la cloche. Il dispose d'une efficacité accrue par une petite barre d'acier ("chasse") soudée à cette boule inférieure de la tige du battant. Le bourdon ou toute cloche peut sonner de l'extérieur sous l'effet d'un "marteau". C'est en général ce qui sonne les heures et les divisions de l'heure (quarts et demies).


« La volée » sera d'autant plus élaborée que sera complexe le joug (le plus sophistiqué en U large et évasé renversé) qui constitue un contrepoids qui accroit mobilité et rapidité de la volée. L'ampleur de la cloche dépend de "l'épaule" partie haute arrondie qui va suivre la courbure du corps ("la panse", dessin de profil de la cloche) pour s'évaser dans la portion inférieure au niveau de la "bouche" (la pince sur laquelle frappe le battant, avec ce son amélioré par la présence de la chasse) qui en détermine l'ouverture. Ces profils ou panses ont pris plusieurs formes au moyen âge plus hautes que larges par la suite on a essayé l'inverse : plus larges que hautes, finalement, un consensus médian s'est formé : une cloche trop haute ou trop large ne va pas donner un beau son.


La fabrication de la cloche est extrêmement complexe. Le métal en fusion doit être galbé par les formes qu'il épouse. Il doit être refroidi à la bonne vitesse pour ne pas se fissurer. Le moule va être le modèle de la cloche. Il est constitué de l'intérieur vers l'extérieur du Noyau, de la Fausse cloche et de la Chape. Le noyau donne la forme intérieure (de la portion « vide » de la cloche). Le galbe est sélectionné en fonction de la taille de la cloché désirée. Le Noyau galbé donc est constituée de briques réfractaires recouvertes de terre (argile), de poil de chèvre et de crottin de cheval ce mélange permet de « lisser » le noyau. Le noyau définira la portion vide de la cloche. La fausse cloche occupe l'espace minime de l'épaisseur future de la cloche entre chape et noyau. Sur cette couche en argile, crottin de cheval et poil de chèvre on dispose une couche de cire sur laquelle sont fixés soigneusement les décors et inscriptions en cire. On applique des couches au pinceau fin d'argile, de crottin de cheval et de poil de chèvre en couches de plus en plus épaisses sur cette pellicule de cire ouvragée constituant ainsi la Chape.


En interne sur la couche la plus fine (essentiellement en argile) de la chape, les décors de la fausse cloche se sont marqués en creux. Dans la « lumière » du noyau un feu de charbon est porté progressivement à vive température. La cire fond, la chape voit sa couche interne durcir, dans laquelle sont incrustés en creux, décors et inscriptions préparés par l'artiste M. Oranella, chez Havard-Cornille. Il est alors facile de soulever la chape, qui est libre de toute attache au noyau, de casser la portion de fausse cloche encore en place. L'espace vide est ainsi constitué lorsque la chape est reposée soigneusement sur le noyau, les galbes de ce noyau et de la chape ont été préalablement méticuleusement façonnés.


« L'anse ou la couronne » qui soutient fixée sur le cerveau, la cloche sur son mouton ou joug a perdu sa cire (principe de « la cire perdue ») et est en communication avec le vide de la fausse cloche évacuée. Le métal prendra la place ainsi libéré et épousera les espaces laissés évacués de la cire fondue, de la fausse cloche, des décors incrustés dans la face interne de la chape et de l'anse. La coulée de métal en fusion contemporaine de la coulée de la cloche elle-même va prendre la place de la cire fondue et faire partie intégrante de la cloche sans soudure fragilisante lors des volées. Sur le cerveau sera donc fixée intimement et définitivement l'anse (évidemment calculée à la mesure du poids de la cloche).


« La coulée » justement c'est elle qui fait la cloche. Dans le four, l'airain (cuivre 78% et étain 22%) va être chauffé à 1200°. Le métal liquide en fusion va couler dans une gouttière de brique vers un lit de terre dans lequel repose (soigneusement déposé par ses palans) le moule la tête en bas. Le métal par gravité va remplir l'espace de la fausse cloche laissé libre épouser les décors et remplir l'espace de l'anse évacué par la méthode de la cire perdue. La cloche va refroidir environ une semaine. Le moule est alors cassé. Le moule ainsi brisé il ne pourra donc pas être question de refondre une cloche absolument identique. C'est l'étape « du décochage », phase ultime du gros oeuvre de la fabrique de la cloche. La cloche apparait avec ses décors et va bénéficier de finitions : par sablage, polissage, ciselage et mise en accord. Ces étapes fines demandent beaucoup de savoir-faire et requiert, notamment pour l'accordage, un artisan compétent avec une technicité de dentellière pour meuler là où il le faut en intérieur la Pince ou le corps de la cloche. La tradition chrétienne, nous explique Cornille-Havard-Bergamo, prévoit cinq premières harmoniques : 1. Le bourdon qui est l'octave basse 2. Le fondamental à l'octave au-dessus 3. La tierce mineure du fondamental 4. La quinte 5. La nominale qui caractérise la cloche.


« Les Volées » sont de type multiples la cloche bouge et va au contact du battant qui reste presque fixe ou le battant se meut à la rencontre de la pince. Le battant frappe la cloche en haut ou en bas de la pince. La volée est ample autour d'un joug à contrepoids ou moins spectaculaire autour d'un mouton plus simple. On répertorie 5 modes de volées principales : le lancer franc, le mode rétrograde, le mode rétrograde à joug arqué, le mode rétro-lancé et le mode rétro-mitigé et 3 régionales la volée tournante (Pays toulousain et Lauraguais), le système piqué (Lyon et Italie) et enfin le change-ringing (pays anglo-saxons). La battant peut comporter un contrepoids sous le bélier, l'axe de rotation varie selon le joug, le mouton, le battant et la volée participe d'un de ces 8 modes. http://tchorski.morkitu.org/7/volees.htm ce site les décrit parfaitement pour qui veut se plonger dans une physique élémentaire certes mais qui demande beaucoup de matière grise et de neurones en service.


« Le carillon » (groupe de quatre cloches du latin quaternio, bas latin de quadrinione) regroupe donc ces cloches en airain. Ce carillon est fixé au beffroi de charpente dans le clocher. L'ensemble des cloches et bourdon (la cloche au son le plus grave) constitue le campanaire. Le campanile lui est un clocher situé à côté d'une église qui peut accueillir un jeu de cloches. La sonnerie d'une cloche, d'un carillon ou du campanaire dépend du sonneur et de règles établies depuis des siècles. Le régime juridique des sonneries des cloches des églises est fixé par la loi du 9 décembre 1905 sur la séparation de l'Église et de l'État et par le décret d'application du 16 mars 1906 (articles 50 – 51 – 52). Le Maire a un pouvoir de tranquillité, de règlementation (il peut interdire les sonneries du matin et du soir qui sont exclusivement du domaine religieux ce sont les sonneries des prières de Laudes, Matines et Angelus) mais ne peut interdire totalement les cloches (règle générale absolue interdite). L'édile est certes responsable de l'ordre public mais en même temps protecteur de la liberté des cultes.


Qui a fixé les sonneries des carillons ? Les sonneries des campanaires ou du bourdon (essentiellement le glas). Le Glas sonnait 9 coups pour un homme, 7 pour une femme et 5 pour un enfant. Suivaient le nombre de coups espacés en rapport avec l'âge du défunt. Dans le Nord de la France le bourdon est en volée accompagné de carillons. Les sonneries du carillon varient en fonction de beaucoup de paramètres. Les carillonneurs ont une latitude et les carillonneurs jadis les plus artistes communiquaient leurs « airs » qui étaient copiés par leur homologues distants. On rappelle que les fondeurs de cloches, comme les alambiqueurs étaient mobiles, initialement et servaient de vecteur des « musiques » entendues ça et là. L'appel aux offices cependant étaient le même sur la plupart du territoire français. La sédentarisation des fondeurs s'est effectuée essentiellement à partir de la deuxième moitié du XVIIIème siècle et du XIX ème.


Les carillons reconnus par la fédération mondiale du carillon doivent comporter au moins 23 cloches. Le carillonneur actionne alors les battants des cloches directement en tirant sur leurs cordes. Pour certains carillons, le joueur saisit alors simplement les cordes à la main. Dans d'autres cas, il les accroche à ses coudes, ses genoux et ses pieds et en manipule deux autres à la main, puis, assis sur un banc, il carillonne par de grands gestes coordonnés (usage répandu également dans les églises orthodoxes). Actuellement il existe des claviers de mise en branle des carillons et dorénavant émergent à très grande vitesse des programmes informatiques de sonneries.


De nos jours des carillons avec programmes électroniques permettent d'imaginer les variations musicales élargies considérablement y compris des airs laïcs. La France dispose de 63 instruments d'au moins 23 cloches. 8000 cloches d'avant la révolution existent encore en France dont 4500 sont classées monument historiques. Deux experts campanaires sont reconnus par le Ministère de la Culture. Le carillon de Bergues (50 cloches et un bourdon de plus de 6T) a été mis en vedette par le film les Ch'tis. Des compositeurs connus se sont penchés sur la musique des carillons tels que Louis et François Couperin, Jean-François Dandrieu, Michel Corrette , Jacques Offenbach, Modeste Moussorgski, Serguei Rachmaninov, Olivier Messiaen.


Les cloches reviennent toujours à Pâques (bien qu'elles soient judicieusement remplacées par de petits lapins en chocolat) contrairement aux promotions traditionnelles de la Légion d'honneur qui ont disparu brutalement de Pâques.


Le Groupe ornais des visiteurs de la fonderie Havard-Cornille de Villedieu les Poêles, comportait 30 membres parmi lesquels des légionnaires : Mme Colette Roulleaux Dugage, le colonel R. Andrieu, M et Mme Paul Quinton, M. et Mme R. Caillaud, M.Mme Delange, M. Mme Retour, M. et Mme J. Frénehard qui ont du quitter la réunion avant le déjeuner et une légère majorité de membres de l'ONM. M. Mostefa Maachi, Président, M. et Mme L. Guerrini, M et Mme Lemaître, M. Mme Massinot, M. Mme J.C Belliès, Mme Marie Odile Tavernier, M. et Mme V. Paisant, M. J.F.l Mazeau, Mme F. Lelandais. Certains ont une double appartenance telle Mme Colette Roulleaux Dugage


*Villedieu les Poêles de Villa Dei (ville de Dieu) ville offerte par Henri Ier de Beauclerc aux Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem (Viledieu devin une ville franche qui ne payait pas d'impôt), passée à l'Ordre de Malte lorsque les Hospitaliers repliés des Terres Saintes à Rhodes changent de nom en 1530 puis à Malte ils en deviennent Ordre Souverain au cours de cette même année 1530. L'ajout "les Poêles" (Dinanderie fabriquant des objets plus élaborés que la chaudronnerie) date de 1962.

SMLH61 et ANMONM61


Sources :

Catalogue Cornille-Havard et guide lors de la visite
Legifrance : Loi du 9 décembre 1905, décret d'application du 16 mars 1906

site paccard sur wikipedia :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Fonderie_Paccard


et site Tchorski :


http://tchorski.morkitu.org/1/bourdons.htm,
http://tchorski.morkitu.org/2/campa.htm,
http://tchorski.morkitu.org/7/volees.htm SMLH61 et ONM61



PHOTOSSMLH61 et Catalogue Cornille Havard.et une partie du Groupe des visiteurs


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