Logo de la Société des Membres de la Légion d'Honneur Ruban de la Société des Membres de la Légion d'Honneur
Section de l'Orne

Le 9 juin 2018 81 ans après leur assassinat un hommage est rendu aux frères ROSSELLI à l'initiative de la municipalité de BAGNOLES en NORMANDIE

Sous une pluie battante une première partie se déroulait devant la stèle commémorative. Puis les nombreuses personnes présentes se repliaient à l'Hôtel Restaurant "Les Camélias". La Mairie de Bagnoles avait en effet prévu une collation bienvenue. L'an passé M. de Frotté, dont la famile est propriétaire depuis des lustres du Château de Couterne et de la parcelle sur laquelle est érigée la stèle ne pouvait nous recevoir. Il marie sa petite fille que nous assurons de nos voeux de bonheur et de prospérité. Le Maire de la Ville M. Olivier PETITJEAN et le Maire Délégué, Vice Président du Conseil départemental, M. Jean Pierre BLOUET retraçaient l'évènement et accueillaient les personnalités qui assistaient à la cérémonie. Mme Christine ROIMIER, Vice Présidente du Conseil départemental, Madame Marie Thérèse de VALLAMBRAS, Conseillère Départementale de Bagnoles-de-l'Orne, le Maire de Couterne M. Daniel DURAND, des adjoints à la Mairie dont Madame Catherine HENUIN, chevalier de la Légion d'honneur, le Docteur Pierre PETITBON, Président de la Section de l'Orne de la SMLH, de M. Bernard de VAUCELLES Vice Président du Comité des Andaines et du Bocage de la SMLH61 allaient etre très attentifs aux allocutions. M. Roberto GIACONE, Directeur de la Maison d'Italie de l'Université de Paris, représentant le Ministre M. Valdo SPINI, Président de la fondation des Frères Rosseilli et M. Alessandro GIACONE, Maître de Conférence à l'Universite de Grenoble représentaient les officiels italiens.


Discours à Bagnoles de l'Orne (9 juin 2018) de M. Alessandro GIACONE


Monsieur le maire, Monsieur Maire délègué de Bagnoles de l'Orne et Vice-président du Conseil Départemental, Madame la Vice Présidente du Conseil départemental, Monsieur le Maire de Couterne, Mesdames Messieurs les élus, Monsieur le Président des Membres de la Légion d'honneur de l'Orne, Messieurs les Porte Drapeau, Mesdames et Messieurs,


C'est pour moi un grand honneur de venir pour la première fois à Bagnoles de l'Orne, ayant raté l'occasion de m'y rendre lors des précédents hommages organisés par les autorités italiennes et le Circolo Fratelli Rosselli et par son président Valdo Spini.


Il n'est pas nécessaire de rappeler l'histoire de Carlo et Nello Rosselli à un public de cette qualité, tant leur souvenir est présent ici à Bagnoles de l'Orne, où ils ont été barbarement assassinés il y a 81 ans, le 9 juin 1937. Permettez-moi juste de rappeler l'activité antifasciste des deux frères, les travaux historiques de Nello, qui placé en relégation dans l'île d'Ustica, écrivait au régime fasciste que ces études ne peuvent être cultivées que par un esprit libre dans un environnement libre. Il faut quand même rappeler le courage de Carlo, le jeune journaliste de « Non Mollare » ("ne pas faiblir") qui organisa la fuite en Corse du leader socialiste Filippo Turati avec deux futurs protagonistes de la vie politiques italienne, Ferruccio Parri et Sandro Pertini. Il faut cependant insister sur son arrestation et sa relégation dans l'île de Lipari, d'où il parvint à s'échapper de manière rocambolesque. Enfin inutile de mettre l'accent sur ses intenses années parisiennes, où il publia son ouvrage théorique fondamental, Socialisme libéral et où il créa le parti Giustizia e Libertà. Rappelons aussi son action militaire en Catalogne, où il organisa les premiers bataillons de volontaires étrangers contre les troupes franquistes.

Comme le dira plus tard l'historien Gaetano Salvemini, maître et ami des deux frères, «tandis que Carlo gênait le régime avec son activité volcanique, Nello lui portait ombrage en Italie, silencieux et insoumis ». C'est ici, à Bagnoles de l'Orne, que leur vie prit fin. Carlo y était venu soigner ses blessures de guerre, et Nello l'avait rejoint. Les deux frères allaient tomber sous les coups de couteau et de revolver des sicaires de la Cagoule, stipendiés par le régime fasciste.


Permettez-moi aussi d'évoquer la douleur d'une mère, Amelia Pincherle Rosselli, qui avait déjà perdu son fils aîné, Aldo, pendant les combats de la Grande Guerre, et qui se voyait maintenant privée de ses deux autres enfants, Carlo et Nello, auxquels elle allait consacrer le restant de sa vie, en faisant publier et connaître leur oeuvre. Et la douleur de deux veuves, Marion Cave et Maria Todesco, qui avaient des enfants en bas âge qu'elles allaient élever toutes seules.


Il y a une dizaine d'années, j'ai eu le plaisir d'organiser un colloque à Paris et d'y rencontrer les filles et le fils de Nello Rosselli, Silvia, Paola et Alberto. J'ai gardé des liens avec eux au fil des années. Aujourd'hui, ils ne peuvent être ici en raison de leur âge, mais je vous transmets les salutations de l'aînée, Silvia, que j'ai eue hier au téléphone et qui tient à vous remercier de vitre présence. Hier, j'ai également regardé le documentaire « L'Affaire Rosselli, une affaire de régime », de la réalisatrice, Stella Savino où l'on voit le fils de Nello, Alberto Rosselli parcourir les rues de Bagnoles et les lieux du crime avec un témoin de l'époque. Je vous recommande de vous procurer ce documentaire, même s'il n'existe pas encore en version française.


Le monument qui se dresse ici a lui aussi une histoire. Il fut inauguré en 1949 à l'initiative des autorités italiennes et des anciens de Giustizia et Libertà, en présence Georges Bidault et Ferruccio Parri, les deux chefs de la Résistance française et italienne qui à la Libération avaient brièvement dirigé le gouvernement de leurs pays. Dû au sculpteur Carlo Signori, ce fut le premier monument public d'art abstrait : la colonne de droite représente la trajectoire rectiligne de Nello, la colonne ondulée représente la vie aventureuse de Carlo. C'est ici même qu'il fut décidé que les dépouilles des frères Rosselli seraient transférées de Paris à Florence. D'autres célébrations ont lieu à l'occasion des 20°, 25e et 30e anniversaires de l'assassinat. En 1957, ce fut en présence du leader socialiste Riccardo Lombardi en 1962 et en 1967, ce fut le tour de deux personnalités très proches de Carlo Rosselli, Fausto Nitti et Aldo Garosci. Après 1968, c'est l'association parisienne des Garibaldins qui se chargea de l'organisation du pèlerinage jusqu'à la fin des années 1980, en y associant les élèves du lycée italien de Paris, Leonardo da Vinci. La tradition s'était un peu perdue, mais elle a été ravivée à une époque plus récente, depuis la restauration du monument en 2016, puis avec les cérémonies de l'année dernière, à l'occasion du 80e assassinat des frères Rosselli.


C'est la raison pour laquelle nous sommes réunis ici aujourd'hui. Salvemini a écrit en 1951 qu'il fallait souhaiter que le peuple italien ait assez de mémoire pour trouver les responsables d'un désastre matériel, et surtout moral » et que cela exigerait « de longues années de souffrance et de travail avant que cela ne soit réparé ». Aujourd'hui les vents du nationalisme et de la xénophobie soufflent de nouveau à travers l'Europe. C'est pourquoi il est toujours et il sera toujours utile de rappeler l'action et le sacrifice des Rosselli pour la justice et la liberté.

M. Alessandro GIACONE, Maître de Conférences à l'Université de Grenoble/Alpes

Allocution de M. Valdo SPINI, président de la Fondation des Frères Rosselli, lue par M. Roberto GIACONE, Directeur de la Maison d'Italie de l'Université de Paris


Monsieur le Maire de Bagnoles de l'Orne,
Monsieur Maire délègue de Bagnoles de l'Orne et Vice-président du Conseil Départemental,
Monsieur le Maire de Couterne,
Monsieur le Président de la Société des Membres de la Légion d'honneur,
Chères amies et chers amis français et italiens présents




Malheureusement, cette année je ne peux pas être avec vous, à cause des célébrations en cours à Florence, mais je tiens beaucoup à vous exprimer mes plus vifs remerciement pour cette cérémonie que vous avez organisé avec tant d'enthousiasme et de solidarité. Les professeurs Roberto Giacone et Alessandro Giacone vont représenter la Fondazione Circolo Rosselli chez vous et pourront vous exprimer directement nos sentiments d'estime, d'amitié et de gratitude. Deux années sont passées depuis la cérémonie du 4 juin 2016. Alors nous étions ici, pour rappeler les frères Rosselli et aussi pour saluer la restauration à laquelle vous avez coopéré, du monument érigé en 1949 sur le lieu de leur assassinat, oeuvre de Carlo Sergio Signori, sculpté dans le laboratoire Nicòli de Carrara.


L'année dernière, c'était une année particulièrement significative, célébrant le quatre-vingtième anniversaire du sacrifice de Carlo et Nello Rosselli. La Mairie de Bagnoles a organisé non seulement une cérémonie mais aussi une exhibition historique en collaboration avec le Archives départementales. Monsieur De Frotte qui nous a reçu dans son château de Couterne (le crime à l'époque était connu sous le nom de « l'assassinat du bois de Couterne » ndlr) avec un chaleureux accueil.


L'organisation de la célébration aussi en l'an 2018, témoigne qu'on n'oubliera pas Carlo et Nello Rosselli et qu'ils seront un symbole de fraternité de nos peuples dans leur luttes per la liberté et pour la construction de l'Europe unie. Quand ils ont été tués si cruellement par la Cagoule française sur mandat du gouvernement fasciste italien, les deux frères n'avaient pas encore atteint l'âge de quarante ans. Pourtant ils ont laissé une grande empreinte dans l'histoire de l'Italie, non seulement à cause de leur sacrifice qui, avec celui de beaucoup d'autres italiennes et italiens, a représenté pour nous la rédemption de vingt ans de régime dictatorial et fasciste-, mais aussi grâce à leur pensée et action.

Les frères Rosselli sont devenus et demeurent deux symboles de la reconquête de notre liberté, l'anticipation de le Résistance contre l'occupation allemande et la République Sociale de Mussolini qui la flanquait. Le mouvement créé par Carlo Rosselli dans son exile français s'appelait « Giustizia e Libertà », Justice et Liberté. Et les deux mots sont rappelés par l'inscription posée sur ce monument qu'aujourd'hui nous pouvons lire à nouveau dans son éloquence si sobre :

Carlo e Nello Rosselli tombés ici pour la justice et la liberté sous le poignard de la Cagoule par ordre du régime fasciste italien

Justice et liberté sont des valeurs indivisibles, l'un ne peut pas se développer sans l'autre.


C'est très important pour nous en Italie de savoir qu'ici, à Bagnoles de l'Orne, il y a ce monument et que vous le sauvegardez avec tant de soin et que vous en cultivez la mémoire avec grand engagement. Oui c'est aussi grâce à vous que les Frères Rosselli vivent et nous rappellent qu'il faut cultiver les valeurs démocratiques pour lesquels ils sont tombés.
Et de tout cela, nous vous sommes très reconnaissant à vous tous.


Valdo SPINI
Président de la Fondazione Circolo Rosselli
9 Juin 2018

SMLH61 PHOTOS Internet la famille Amelia Carlo et Nello Rosselli et photos SMLH61, la cérémonie à la stèle (M. Olivier Petitjean, Roberto et Alessandro GIACONE, les porte drapeau), les allocutions de M. GIACONE et Alessandro GIACONE en présence des élus de Bagnoles très attentifs.


Retourner à l'historique des activités



  © SMLH - 2016